07/06/2017

La communication en entreprise : Paradis ou Enfer ? Bernard Stiegler aurait probablement dit qu’elle est, comme la technique, un pharmakon, à la fois poison et remède.

La communication en entreprise : Paradis ou Enfer ? Bernard Stiegler aurait probablement dit qu’elle est, comme la technique, un pharmakon, à la fois poison et remède. Mais qu’elle soit à la fois poison et remède ne signifie pas qu’elle soit neutre. Car, comme les remèdes et les poisons, les technologies n’agissent pas toutes au même endroit ni avec la même efficacité sur les individus. Alors, parfois, ils ont l’impression de vivre au Paradis. Ou en Enfer…

En me réveillant un matin après des rêves agités, je me retrouvai dans un immeuble de bureaux métamorphosé en araignée.

Quand la communication en entreprise est un enfer

Se retrouver tout à coup dans un corps doté de huit pattes aux capacités surprenantes n’a pas que des avantages. Comme toutes mes nouvelles congénères, ma vision est plutôt médiocre. Du haut de l’immense plateau composé d’une multitude de petites cellules sombres, je distingue des individus microscopiques, résignés, usineux, machiniques, immobiles. Des fourmis ? Ils ploient sous les caisses qu’ils transportent. Elles mentionnent « Information. Attention : lourd » et passent de mains en mains, de tête en tête, chacun ayant une tâche définie, morcelée. Certains la mettent en boite, d’autres y ajoutent de la couleur ou classent les lots avant de les archiver dans un lieu lointain et poussiéreux maquillé en serveur.

Face à ces paquets informationnels, nul ne semble réfléchir à autre chose que gérer le flux, obéir aux ordres et aux messages impératifs. Pas de question. Pas de perspective.

Mes fourmis semblent noyées sous le déluge d’informations. A tel point que la communication en entreprise semble inexistante car la transmission prend le pas sur l’échange. Probablement à cause de la surcharge à gérer par ces misérables. Probablement aussi parce qu’il leur est demandé de porter, de supporter, et pas de réfléchir.

Mais voici que j’observe quelques comportements déviants, marginaux qui agitent la fourmilière. La clameur monte de la base. Déjà des individus fourmis perturbent la division du travail et la chaine de la communication en entreprise ; ils agitent des panneaux : « Non à la messagerie instantanée », « Non à l’email bombing de nos salariés », « Non aux emails inutiles », « Non aux 122 emails quotidiens », « Non aux dommages collatéraux des emails lus en dehors du travail », « Non à l’infobésité en entreprise ». A côté, se revendiquant de la même mouvance, le clan du Oui affiche, catégorique, son credo : « Oui à la déconnexion », « Oui à une journée sans email ». Leurs congénères les regardent perplexes ; ils sont en train de se rendre compte que l’information qu’ils transportent n’est pas communication. Pis, ils se demandent si les outils de la communication en entreprise n’ont pas tué toute relation humaine (pardon, myrmicéenne, je me dois de m’habituer à ma nouvelle identité), leur faisant vivre un enfer.

La communication en entreprise, Paradis ?

Poussée par une légère brise probablement issue de la climatisation pilotée par le Grand Architecte, je glisse de quelques rayons juste au-dessus d’un espace lumineux, vaste. Evoluent dans ces open spaces des individus épanouis. Je le vois à leur sourire et au respect mutuel qu’ils témoignent, au regard qu’ils se portent.

Ils échangent des contenus immatériels qui les réjouissent. Aucun n’est seul mais relié à l’autre, au monde, par des fils, par un réseau, par la toile que moi l’araignée je ne peux que goûter… En plus de la parole, elle leur sert à partager les savoirs, les compétences, à questionner. Je vois des adeptes du Working Out Loud, des chérisseurs de share d’expériences et de sentiments, des commentateurs avisés et constructifs, des fournisseurs et clients de l’intelligence collective. Au cœur de leurs échanges : de l’information , comme des documents commerciaux, des données clients, des agendas…

Ces personnes donnent une impression de maîtrise, de contrôle. En toute simplicité, tant leurs outils semblent intuitifs et exploitables non seulement par les générations Y et Z, millenials ou digital native, mais aussi les X et les boomers. Une vraie source de progrès !

Tous s’appuient sur le triptyque « donner recevoir rendre » permis par un renforcement du lien entre eux ; et la communication entreprise, de one to one, passe sans couture au one to many. Mieux, la rétroaction, permise et souhaitée, nourrit leurs actes et les fait intellectuellement et humainement progresser. La communication se fait cohabitation et recherche de territoires d’échanges communs car ici, « la clé, c’est l’ouverture », qui crée de la valeur.

D’ailleurs, il me semble distinguer des bulles paradisiaques, des pensées positives dans lesquelles les salariés reconnaissent que la communication en entreprise, interpersonnelle et appuyée par des outils digitaux, consolide leur cohésion sociale. Elle renforce et développe aussi la motivation, l’engagement et l’adhésion des équipes. La performance de l’organisation devenue smart, plus agile, plus adaptable, plus mobile, s’accroît.

Ici, le Paradis, c’est les autres.

Oups, voilà que je tombe de ma toile, pourtant résistante, mais fortement dépendante de ses points d’accrochage. L’Enfer les consume après assèchement, le Paradis les consolide après enrichissement. Entre deux extrêmes, je me prends à philosopher, car oui, moi aussi « j’ai un rêve », celui de continuer à tisser la communication en entreprise pour chasser définitivement l’Enfer et instaurer le Paradis communicationnel… que les hommes ont inventé et modelé à leur image. Il est probable que comme les technologies, la communication en entreprise est moralement neutre jusqu'à ce que les êtres humains l’emploient pour quelque chose. Alors, Paradis ou Enfer, la question centrale reste avant tout non une question de limites ou de barrières, mais bien d’ambition et de vision des émetteurs et des récepteurs dans l’utilisation de ces outils.

Dans cette attente, vous pouvez me joindre au bout du fil. Ou de ma Toile.

About the author

Serge-Henri saint-Michel

Strategic planning specialist Planning

Serge-Henri Saint-Michel, spécialiste du planning stratégique, du marketing et de la communication conseille les organisations www.marketing-pme.fr. Il édite l’e-magazine leader et pure player de la fonction marketing, www.marketing-professionnel.fr.

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